Dans ce billet, je vous présente le pré le plus extraordinaire que je connaisse. Pour moi, c’est un lieu merveilleux en raison de l’incroyable diversité végétale qui y règne, spécialement en matière de plantes à fleurs. Mais pour certains éleveurs, c’est peut-être une ressource mal exploitée, mal entretenue, voire dangereuse pour les animaux ?


Je recopie ici le commentaire de Cornus, basé uniquement sur les photographies.

Un bel espace qui ressemble à une prairie mais qui en réalité représente une mosaïque de communautés végétales différentes dont certaines ne sont assurément pas prairiales car nous avons :

  • une pâture ou ancienne pâture, en particulier là où domine la Pâquerette, laquelle se caractérise probablement par la présence d’une synusie de plantes annuelles que je crois deviner et qui profite des zones mises à nu par le passage du bétail ou des zones soumises à la sécheresse estivale (je ne me rends pas compte si au contraire il pourrait aussi y avoir des espaces un peu inondés en surface en hiver (argile localement en surface), mais je n’y crois pas même s’il ne faut pas se fier à la pente ;
  • une prairie probablement pâturée mais moins tassée et avec moins ou pas du tout d’ouvertures (ou anciennes ouvertures) caractérisées par la présence de plantes annuelles que l’on peut identifier par une structure plus haute et avec beaucoup de bouton d’or (quelle espèce, je ne sais pas, cela dépend de l’humidité réelle du sol et d’ailleurs, cela peut varier : à choisir du plus humide au moins humide : Renoncule rampante, R. âcre, R. bulbeuse) ;
  • un piquetage ou voile (fourré « débutant ») avec probablement aubépine(s), Prunellier, ronce(s), églantier(s) ;
  • un ourlet caractérisé par des grandes dicotylédones dont des euphorbes, mais pas seulement (sans doute des molènes) qui annonce le fourré. Il faut rappeler que les ourlets correspondent à des espaces de pelouses / prairies qui retournent vers une dynamique progressive vers la forêt ou peuvent soit correspondre à des formes d’état prairial dans des espaces où la pousse des ligneux est impossibles à cause des conditions écologiques (sols trop humides, trop sec, trop salés, trop venteux, trop…), soit à une dynamique régressive liée à des chablis forestiers entretenus par le pâturage des grands herbivores (notamment avant le Néolithique). La prairie est en quelque sorte une « invention » du Néolithique (pour simplifier) car qui dit prairie dit nécessairement élevage et intervention humaine. Les autres espaces ouverts herbacés bas étaient (sont encore) des pelouses où la dynamique progressive est bloquée ou très lente à cause des conditions du sol qui ne permettent pas la croissance des ligneux ni forcément celle des grandes graminées sociales, sachant qu’interviennent aussi les petits herbivores ou ponctuellement les grands.

Pour finir, cet espace ouvert comporte effectivement des espèces toxiques pour le bétail comme les renoncules, qui en principe ne les consomment pas. Toutefois, avec une faible consommation et avec des vaches qui ont déjà l’habitude, cela n’a pas d’importance (pour les laitières, je ne sais pas, ça peut éventuellement leur couper le lait ?), mais pour les autres trop habituées à ne pas voir des prairies diversifiées, cela peut éventuellement poser problème ? Pour moi, cette prairie est peu productive sur le plan agronomique (valeur fourragère) et est déséquilibrée et d’ailleurs pas utilisée de manière optimale par le bétail (ou est abandonnée depuis peu ?). Le monde agricole a encore très largement tendance à s’accrocher à la croyance qu’une prairie doit être productive à partir d’un peuplement pur et puissant de 1-3 espèces de graminées. De tels espaces prairiaux peuvent ainsi être amendés (engrais divers NPK), passés aux herbicides antidicotylédones, retournés et semés ou sursemés. Or, la pauvreté spécifique engendrée peut générer des carences en termes de minéraux, oligoéléments, vitamines. Au contraire, les prairies diversifiées n’ont pas ces inconvénients et certaines dicotylédones peuvent avoir des vertus médicinales et ont un intérêt organoleptique qui a été démontré, notamment en montagne pour le lait / fromage et la viande. Il peut être possible d’améliorer un tel espace prairial par une augmentation de la productivité sans tout sacrifier en termes de biodiversité végétale. Il faudrait trouver des compromis. Le tout est de savoir où l’on place le curseur.

5 thoughts on “Rêve ou cauchemar ?

  1. Cornus dit :

    Un bel espace qui ressemble à une prairie mais qui en réalité représente une mosaïque de communautés végétales différentes dont certaines ne sont assurément pas prairiales car nous avons :
    – une pâture ou ancienne pâture, en particulier là où domine la Pâquerette, laquelle se caractérise probablement par la présence d’une synusie de plantes annuelles que je crois deviner et qui profite des zones mises à nu par le passage du bétail ou des zones soumises à la sécheresse estivale (je ne me rends pas compte si au contraire il pourrait aussi y avoir des espaces un peu inondés en surface en hiver (argile localement en surface), mais je n’y crois pas même s’il ne faut pas se fier à la pente ;
    – une prairie probablement pâturée mais moins tassée et avec moins ou pas du tout d’ouvertures (ou anciennes ouvertures) caractérisées par la présence de plantes annuelles que l’on peut identifier par une structure plus haute et avec beaucoup de bouton d’or (quelle espèce, je ne sais pas, cela dépend de l’humidité réelle du sol et d’ailleurs, cela peut varier : à choisir du plus humide au moins humide : Renoncule rampante, R. âcre, R. bulbeuse) ;
    – un piquetage ou voile (fourré « débutant ») avec probablement aubépine(s), Prunellier, ronce(s), églantier(s) ;
    – un ourlet caractérisé par des grandes dicotylédones dont des euphorbes, mais pas seulement (sans doute des molènes) qui annonce le fourré. Il faut rappeler que les ourlets correspondent à des espaces de pelouses / prairies qui retournent vers une dynamique progressive vers la forêt ou peuvent soit correspondre à des formes d’état prairial dans des espaces où la pousse des ligneux est impossibles à cause des conditions écologiques (sols trop humides, trop sec, trop salés, trop venteux, trop…), soit à une dynamique régressive liée à des chablis forestiers entretenus par le pâturage des grands herbivores (notamment avant le Néolithique). La prairie est en quelque sorte une « invention » du Néolithique (pour simplifier) car qui dit prairie dit nécessairement élevage et intervention humaine. Les autres espaces ouverts herbacés bas étaient (sont encore) des pelouses où la dynamique progressive est bloquée ou très lente à cause des conditions du sol qui ne permettent pas la croissance des ligneux ni forcément celle des grandes graminées sociales, sachant qu’interviennent aussi les petits herbivores ou ponctuellement les grands.

    Pour finir, cet espace ouvert comporte effectivement des espèces toxiques pour le bétail comme les renoncules, qui en principe ne les consomment pas. Toutefois, avec une faible consommation et avec des vaches qui ont déjà l’habitude, cela n’a pas d’importance (pour les laitières, je ne sais pas, ça peut éventuellement leur couper le lait ?), mais pour les autres trop habituées à ne pas voir des prairies diversifiées, cela peut éventuellement poser problème ? Pour moi, cette prairie est peu productive sur le plan agronomique (valeur fourragère) et est déséquilibrée et d’ailleurs pas utilisée de manière optimale par le bétail (ou est abandonnée depuis peu ?). Le monde agricole a encore très largement tendance à s’accrocher à la croyance qu’une prairie doit être productive à partir d’un peuplement pur et puissant de 1-3 espèces de graminées. De tels espaces prairiaux peuvent ainsi être amendés (engrais divers NPK), passés aux herbicides antidicotylédones, retournés et semés ou sursemés. Or, la pauvreté spécifique engendrée peut générer des carences en termes de minéraux, oligoéléments, vitamines. Au contraire, les prairies diversifiées n’ont pas ces inconvénients et certaines dicotylédones peuvent avoir des vertus médicinales et ont un intérêt organoleptique qui a été démontré, notamment en montagne pour le lait / fromage et la viande. Il peut être possible d’améliorer un tel espace prairial par une augmentation de la productivité sans tout sacrifier en termes de biodiversité végétale. Il faudrait trouver des compromis. Le tout est de savoir où l’on place le curseur.

    1. Merci pour cette analyse. Puis-je la recopier à la fin du billet pour lui donner plus de visibilité ?
      Il y a effectivement deux espaces, séparés par une clôture jalonnée d’épines blanches, clématites (pas encore visibles), églantiers…
      La prairie du haut accueille des chevaux « en retraite » à titre presque permanent. Sauf qu’au moment des prises de vues, justement, ils semblaient être absents.
      Celle du bas (avec les cultures au loin en arrière-plan), est fauchée chaque année, mais tardivement. Il s’y développe une flore très variée, mais plus tard dans la saison, en plein été, surtout lorsqu’il y a de la pluie.
      Les fleurs bleues dans la partie du haut sont des bugles de Genève. Mais il y a peut-être une trentaine de variétés florales en haut comme en bas, en partie différentes.
      Les fleurs de ce billet proviennent de la partie du bas.
      Il faudrait que je fasse un inventaire des deux parties.
      Cette zone est à proximité d’une ancienne villa romaine et d’autres installations de la même époque. C’est le seul lieu à des kilomètres à la ronde où il y a des pierres percées.

      1. Anonyme dit :

        Cette « analyse » n’est que photographique et reste sujette à caution compte tenu des incertitudes difficiles à lever sans une vraie approche de terrain. Mais pas de problème pour la recopier en mentionnant qu’il ne s’agit que d’une interprétation photographique (pour la première partie).
        Je ne sais pas ce qu’on entend par « fauchée tardivement » car ce qu’on entend par tardif varie énormément d’une personne à un autre selon qu’on est agriculteur, gestionnaire de milieu naturel, faunisticien ou botaniste. Il est utile de préciser la date approximative (qui peut un peu varier. Pour moi, une fauche commence à être tardive en début d’été en plaine et pour certains, c’est septembre-octobre. Les prairies fauchées tardivement (mettons à partir de fin août) ne possèdent pas les caractéristiques classiques des prairies de fauche mais ressemblent davantage à des ourlets. Le fait de faucher plutôt vers la fin (ou un peu avant) de la période de productivité maximale de biomasse imprime de manière très marquante la structure et la composition floristique originale de la prairie. C’est d’autant plus marquant que ce phénomène est répété. A noter cependant que depuis plusieurs décennies, des fauches plus précoces peuvent avoir lieu du fait des mutations agricoles, du matériel, de l’emploi d’herbe ensilée, ce qui était différent avec le foin sec. L’ensilage ou certains fourrages enrubannés ne permettent pas suffisamment la floraison de la majorité des espèces, ce qui pose problème, tant pour la flore que pour la faune. Les fauche d’automne, elles favorisent les espèces à développement tardi-estivales, en particulier les dicotylédones d’ourlet à architecture ramifiée (elles profitent de de la perte de densité de la couverture graminéenne au cours de l’été).
        Sinon, je m’étais interrogé sur le bugle : le Bugle de Genève indique un caractère sec et calcaire et caractérise davantage une pelouse convergente avec la pâture basse à Pâquerette que j’envisageais.
        Le billet en lien et les photos montrent effectivement la richesse globale en espèce et sa relative complexité structurale. Réaliser des inventaires, c’est toujours bien, mais idéalement, il faudrait le faire en tenant compte des communautés végétales réellement présentes et ce n’est pas forcément évident de faire la part des choses et ne pas se laisser berner par la seule physionomie accordée par les espèces dominantes ou par des faciès clonaux (certaines graminées, euphorbes…), sans compter que l’aspect évolue pas mal en quelques semaines à peine.

  2. Anonyme dit :

    Il y a une vingtaine d’année ce pré extraordinaire proche de l’ancienne ferme de Bessey était boisé puis défriché .
    Il y avait des chevaux.

  3. Cornus dit :

    Hier soir, ma longue réponse est passé à la trappe car j’ai oublié de taper sur le logo WordPress avant de valider le commentaire, alors je recommence.

    Pas de problème pour recopier mon commentaire, même si mon « analyse » n’a été établie que sur la base des photos de cette note et non sur les quelques indications supplémentaires portées à ma connaissance depuis.

    A propos de fauche « tardive », il faut de méfier du terme car il cache des différences d’appréciation importantes car la période tardive varie énormément entre les personnes et les spécialités (agriculteurs, naturalistes spécialistes de la faune, gestionnaires de milieux naturels, botanistes…) concernant les prairies de fauche. Les spécialistes de la végétation (phytosociologues) ont une approche qui est assez cohérente avec celle des paysans à l’ancienne. En effet, la notion de prairie de fauche est quelque chose qui existe dans nos contrées depuis des millénaires et qui consiste à faucher la prairie lorsqu’elle a accumulé une quantité de biomasse maximale et alors que les plantes sont fleuries et partiellement en fruits (c’est bien entendu variable). Cette gestion répétée a structuré ces prairies de fauche de manière puissante. Le tendance depuis des décennies est de faucher plus tôt et plusieurs fois pour profiter d’une meilleure valeur fourragère des végétaux (graminées) encore en pleine croissance et avec des engins qui se sont spécialisés et des produits qui ont évolué : ensilage d’herbe, fourrages enrubannés… au détriment des foins traditionnels (qui continuent d’exister cependant). Actuellement, une fauche « tardive » pour respecter une vraie prairie de fauche serait comprise entre mi-juin et mi-juillet (à relativiser). Mais un grand nombre de personnes, y compris parmi les gestionnaires de milieux naturels, ont une vision erronée de la prairie de fauche et considèrent qu’une fauche tardive se pratique entre fin août et octobre. Or, une prairie fauchée aussi tardivement évolue en une forme d’ourlet car elle accueille davantage d’espèces de grande taille à port ramifié et à développement / floraison tardi-estival alors que les espèces des prairies de fauche comportent des espèces qui convergent en termes d’architecture végétale, de port (espèces graminiformes, filiformes avec feuilles linéaires en occupant peu de place en surface pour chaque individu) et en termes de période de floraison (plein printemps à début d’été)… Un ourlet n’est pas une tare, mais diffère des prairies de fauche et ne comporte pas les mêmes intérêts agronomiques.

    J’avais noté la présence du bugles, mais je m’interrogeais un peu de la présence de Bugle rampante… mais comme il s’agit de Bugle de Genève, typique de sols un peu secs et calcaires. Il s’agit d’une espèce de pelouse dont la présence converge avec l’entité de pâture basse à Pâquerette.

    L’idée de faire des inventaires différenciés est bonne, mais y a-t-il véritablement deux parties et quelles sont leurs véritables limites ? L’idéal serait de faire des relevés phytosociologiques dans les différentes communautés, mais cela n’est pas évident quand on n’a pas l’habitude et lorsque les communautés semblent aussi intriquées. Par ailleurs, il ne faut pas se faire piéger par les faciès, les espèces dominantes localement, les clones qui peuvent fausser la physionomie… Et après, comprendre aussi qu’il peut y avoir des synusies différentes (cortèges de plantes annuelles par exemple plus au moins autonomes) et prendre conscience que la physionomie évolue énormément semaines après semaines). J’avoue moi-même ne pas toujours avoir été exemplaire dans la compréhension de tout cela, mais avec l’expérience… (enfin, si on peut dire, je ne fais plus guère de terrain).

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